Lettre à Raphaël Glucksmann - Pourquoi Mélenchon doit rester candidat

Cher Raphaël,

Nous ne nous connaissons pas, mais je vais user de la même familiarité que celle que vous avez utilisée dans votre lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon. Il ne s'agit pas d'une preuve d'irrespect, mais d'une simple cordialité en signe de sympathie.

Je vous écris au sujet de cette chronique élogieuse à propos de Jean-Luc Mélenchon, publiée sur le site de l'Obs [1]. Elle l'est du moins dans sa première moitié et semble être au niveau de la profonde admiration que vous avez pour le candidat de la France Insoumise. Outre ses qualités d'orateur et sa culture incontestable, vous lui reconnaissez une sincérité et une fermeté qui manquent dans le paysage politique actuel que vous dites être à « mille lieues des arrangements d’appareils moribonds ».

Pourtant, dans la seconde partie, l'encensement prend une toute autre tournure. On en vient à douter sérieusement de l'honnêteté des compliments qui précèdent. Car si c'était pour en arriver à une telle offensive, était-ce vraiment nécessaire d'adoucir votre diatribe par des flagorneries ?

Pour corriger un jugement erroné : Non, Jean-Luc Mélenchon n'a pas décidé seul de sa campagne, il ne l'a pas annoncé seul et encore moins porté seul. Croire que tenir une campagne d'une telle envergure est réalisable sans soutien est, soit naïf, soit volontairement réducteur. Peut être avez-vous limité votre jugement aux petites phrases incisives de certains journalistes pour qualifier son départ en campagne sans le soutien du PCF ?

Comme il le dit si bien lui-même, Jean-Luc Mélenchon ne souhaite pas un vote par défaut, mais un vote d'adhésion [2]. Et cela prend du temps, surtout lorsque l'on repart de zéro en créant un nouveau mouvement émancipé des partis politiques habituels.

Pour convaincre, Jean-Luc Mélenchon, mais surtout la France Insoumise dans son ensemble, a rédigé un programme, et pas improvisé un groupe de propositions sans cohésion deux mois avant les élections. Même si ça n'apparaît pas ou peu dans les médias traditionnels, il est allé à la rencontre des français [3], a fait des réunions publiques [4], des conférences [5], a fait des manifestations [6], tout en intervenant à l'ONU [7] ou au parlement européen [8], parmi bien d'autres choses.

Si il est dans l'habitude de le décrédibiliser et de minimiser la portée de sa campagne, elle reste celle qui est la plus riche et la plus audacieuse : Les auditions programmatiques [9], les caravanes insoumises [10], les universités populaires [11], les initiatives numériques (Revues De La Semaine [12], FAQ [13], Pas vu à la télé [14], etc.), le meeting « Hologramme » [15], le chiffrage de son programme lors d'un direct de cinq heures [16], la journée de l'écologie [17], la marche du 18 mars... sont autant de grands moments de cette campagne.

En sachant qu'en septembre 2016, le PCF n'avait toujours pas statué sur son soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon (qui n'est toujours pas très franc aujourd'hui), pensez-vous sérieusement qu'il aurait dû attendre ? Pensez-vous qu'il aurait pu mener une campagne de si haut niveau en amputant huit mois sur quatorze ?

Vous reprochez à Jean-Luc Mélenchon de maintenir sa candidature en argumentant votre point de vue de la manière suivante : «  Vous savez, comme moi, comme nous tous, que vous ne serez probablement pas président en mai ». Sachez que vous vous trompez. Ni vous, ni Jean-Luc Mélenchon, ni celles et ceux qui contribuent quotidiennement au mouvement de la France Insoumise ne peuvent connaître l'issue du scrutin. C'est d'autant plus vrai que les dernières grandes élections dans le monde ont amené leur lot de surprises. Nous pouvons être la surprise de la présidentielle 2017.

Vous continuez en prétextant que la gauche aurait peu de chances d'être au second tour « si deux candidats sérieux la représentent au premier ». Permettez-moi déjà de douter du sérieux de la candidature de Benoît Hamon qui est toujours en cours d'écriture [18]. Il n'y a rien, à part représenter le Parti Socialiste, qui puisse lui donner une légitimé supérieure à celle de Jean-Luc Mélenchon pour concourir à cette élection. Et pourtant, avoir remporté une primaire et obtenu le désistement de Yannick Jadot ne semble pas être suffisant pour éviter le départ de ses soutiens et des électeurs potentiels.

Jean-Luc Mélenchon a une responsabilité. Cette responsabilité n'est pas de « faire gagner la gauche », ou dit avec moins d'hypocrisie, « faire gagner le Parti Socialiste ». Si la gauche ne remporte pas l'élection présidentielle, ce sera un échec, mais pas la fin du monde. C'est déjà arrivé dans le passé, et ça arrivera certainement dans le futur.

Si la gauche n'est pas au second tour, ce sera avant tout la responsabilité d'une politique décevante menée par le Parti Socialiste durant le dernier quinquennat. Ce sera la responsabilité de Benoît Hamon qui n'aura pas su défendre le bilan de son gouvernement et fédérer autour d'un programme. Ce sera la responsabilité du Parti Socialiste de n'avoir pas su éviter une hémorragie purificatrice peut être nécessaire. Il n'y a aucune raison, un tant soit peu raisonnable, pour que Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise renient l'investissement d'une année de campagne pour se ranger derrière un parti en crise et en délitement.

La responsabilité de Jean-Luc Mélenchon est de ne pas trahir la confiance des 280 661 insoumis qui le soutiennent pour le projet politique qu'il mène depuis plus d'un an. La responsabilité de Jean-Luc Mélenchon est de rester cohérent en ne faisant pas le jeu des petits accords qui finissent au fond d'une poubelle après l'élection. La responsabilité de Jean-Luc Mélenchon est de rester déterminé dans sa lutte pour les intérêts du peuple, comme il l'a toujours fait.

Pour terminer, Raphaël Glucksmann, votre injonction pour que Jean-Luc Mélenchon retire sa candidature est totalement anti-démocratique. Par cette demande, vous attaquez le pluralisme et favorisez l'uniformisation des acteurs politiques du pays. En outre, cette injonction est soumise à la dictature des sondages puisque vous l'adressez à Jean-Luc Mélenchon que vous estimez « le plus érudit », mais placé plus bas que Benoît Hamon dans la plupart des sondages traditionnels. Votre demande est donc, à mon sens, absurde et préoccupante pour notre démocratie.

Je souhaite de tout cœur que vous reconsidériez vos propos. En espérant que la pertinence de la candidature de Jean-Luc Mélenchon vous apparaisse évidente, je vous invite à nous rejoindre pour la marche pour la 6ème République, le 18 mars à 14h, Place de la Bastille.

Christophe Geoffroy

[1] http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170302.OBS6021/lettre-a-jean-luc-melenchon-par-raphael-glucksmann.html
[2] https://www.youtube.com/watch?v=I8Erj9Rho94
[3] https://www.youtube.com/watch?v=OcdTLRtdM0c
[4] https://www.youtube.com/playlist?list=PLnAm9o_Xn_3DIOQdk_pb96lMZL4dWXsBt
[5] https://www.youtube.com/watch?v=PYnqJTTjCHc
[6] https://www.youtube.com/playlist?list=PLnAm9o_Xn_3ACa5-aikib9zPVL_IPxunu
[7] https://www.youtube.com/watch?v=y2afi_kXDCg
[8] https://www.youtube.com/watch?v=xU5OtxsbvNQ
[9] https://www.youtube.com/playlist?list=PL49hPUZTPboUlcm-7_uPeWjbkGSkkEEVd
[10] https://caravane.jlm2017.fr/
[11] https://www.youtube.com/playlist?list=PL49hPUZTPboVgCn16t0elkZ3o3bCuHmnT
[12] https://www.youtube.com/playlist?list=PLnAm9o_Xn_3CzSZhVkM6dG2adkfyp8QZ_
[13] https://www.youtube.com/playlist?list=PLnAm9o_Xn_3C__izYBdYm6RN2wXyCXLoB
[14] https://www.youtube.com/playlist?list=PLnAm9o_Xn_3DUmfInNaOtSwL6P1fyVdEq
[15] https://www.youtube.com/watch?v=XlnQ801wWf4
[16] https://www.youtube.com/playlist?list=PLnAm9o_Xn_3AS6K-4pCPjsXDp3UqXERwd
[17] https://www.youtube.com/watch?v=B854jwPS7vY
[18] http://r.newsletter.benoithamon2017.fr/4jjwfopr3myyrf.html

Appel aux élus de la République française

Chers élus de la République française,

Nous, citoyens du collectif de la France Insoumise, faisons appel à votre engagement républicain, pour que vous parrainiez la candidature à l'élection présidentielle de notre candidat, Jean-Luc Mélenchon.

Il existe une demande très forte autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Comment empêcher de se présenter à l'élection celui qui en 2012 avait déjà réuni près de 4 millions de voix ? Aujourd'hui, sa candidature est appuyée par plus de 280 000 personnes sur Internet engagées parmi environ 2 500 groupes d'appui locaux implantés partout en France où à l'étranger. Par ailleurs, les sondages d'opinion, bien qu'il convienne de se méfier de leur portée, indiquent qu'ils se situe déjà au même niveau que lors de l'élection précédente.

Par ailleurs, la candidature de Jean-Luc Mélenchon, tout particulièrement en cette élection décidémment peu ordinaire, représente un exemple de stabilité de sérieux. De stabilité d'abord, car sa candidature fut proposée dès février 2016 selon une ligne qui n'a pas changé depuis, là où d'autres candidats se sont retirés, ou ne semblent pas en mesure de garantir leur capacité à se maintenir. De sérieux ensuite, car son programme enrichi et amendé par un processus collectif citoyen est disponible depuis décembre 2016 en livre (260 000 exemplaires ont été distribués) et désormais sur Internet. Il est assorti de 42 livrets thématiques détaillés, et a été chiffré par des experts, économistes et haut-fonctionnaires. Aucun autre candidat n'a pour le moment fourni un travail aussi rigoureux.

Bien sûr, nous avons mené une campagne importante auprès des maires, des conseillers départementaux ou régionaux, des responsables de communautés locales, afin de recueillir suffisamment de parrainages. Le 17 janvier, nous totalisions plus de 500 promesses de signatures [1]. Actuellement, le conseil constitutionnel en a validé 356. Malheureusement, le parti communiste français qui avait décidé de façon autonome de soutenir Jean-Luc Mélenchon a soudainement fait volte-face mettant en péril le déroulement de cette élection [2]. On ne saurait ni jouer ni prendre de risque avec la démocratie : nous avons donc urgemment besoin que des élus conscients se saisissent de ce problème. Nous ne pouvons accepter d'être pris en otage par des manœuvres de partis. C'est d'ailleurs aussi afin de nous éloigner de ce genre de pratiques, qui renvoient une très mauvaise image de la classe politique, que nous avons décidé de mener notre mouvement hors du cadre des partis.

Nous insistons en fait sur le fait que parrainage ne vaut pas soutien. Il est même particulièrement honorable pour un élu de parrainer un candidat dont il ne partage pas les idées, car cela représente une preuve concrète d'adhésion aux valeurs républicaines et démocratiques et au débat politique auquel nous français sommes si attachés.

Nous vous remercions de votre attention, et nous espérons que vous avez entendu nos arguments.

Cliquez ici si vous souhaitez parrainer la candidature de Jean-Luc Mélenchon

[1] : http://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle-jean-luc-melenchon-annonce-disposer-de-517-promesses-de-parrainages_2014312.html
[2] : "Le compteur des parrainages est bloqué à 356 pour Jean-Luc Mélenchon, le PCF organise la pénurie volontairement."

Il nous faut désormais convaincre

Enfin, nous sommes libres [1] ! Il est désormais clair pour à peu près tout le monde que l'hypothèse d'une alliance de deux gauches irréconciliables n'était bien qu'une illusion dans laquelle quelques paniqués s'étaient plongés afin de ne pas affronter la réalité. Enfin, peut-être n'aurons-nous plus à faire des frondeurs ou d'un Filoche nos adversaires, et à gaspiller nos énergies dans des querelles inextricables. La confusion dans laquelle ces dernières semaines nous ont plongé, conséquence d'un mariage forcé censé réunir deux familles pleines de ressentiment l'une envers l'autre, va pouvoir cesser. Et pour dissiper toute cette confusion, pour porter notre mouvement, il nous reste à accomplir la plus belle des tâches : convaincre.

Convaincre que pour combattre l'extrême droite, on ne saurait se ranger derrière ceux-là même qui, parce qu'ils ont trahi, parce qu'ils ont méprisé leurs soutiens populaires pour des raisons de stratégie électorale, ont fait progresser le Front National de 10 points en 5 ans.

Convaincre que pour effectuer la transition écologique, il nous faut un mouvement horizontal, en dehors des partis, porté par une volonté citoyenne localement ancrée de tout renverser.

Convaincre que l'ordolibéralisme mondialiste de l'Union Européenne scellé à l'unanimité dans ses traités quasi-constitutionnels condamne d'avance toute politique écosocialiste.

Convaincre qu'on ne se débarrassera pas de la nouvelle aristocratie, cette caste de banquiers, grands patrons et dirigeants politiques parfois interchangeables sans une nouvelle constitution, et que celle-ci doit être écrite par le peuple, car nous ne pouvons demander à l'élite auto-proclamée de se défaire de ses propres surpouvoirs.

Alors, chers amis, saisissons-nous de nos arguments, car ils sont nombreux et parlent à tous. Armons-nous de notre programme, et que ce soit à la maison, dans la rue, sur Internet, faisons revivre la politique en réanimant les consciences.

Et bien-sûr, rassemblons-nous à Paris, le 18 mars, pour faire la démonstration de l'immensité de notre force [2] !

[1] : http://www.liberation.fr/france/2017/02/27/hamon-veut-ouvrir-une-nouvelle-page-de-sa-campagne_1551470
[2] : http://www.jlm2017.fr/rendez_vous_place_de_la_bastille_le_18_mars_2017

La France Insoumise en Campagne, Tribune pour une sphère médiatique honnête et informative

La France insoumise est unie depuis maintenant un an autour de l’élaboration d’un programme politique intitulé « l’Avenir en commun » [1]. Ce programme, sa déclinaison en dizaines de livrets thématiques [2] et les nombreuses idées qui y sont développées, forment le terreau de notre adhésion à ce mouvement.

Il est alors navrant de constater que l’essentiel des médias ignore en grande partie cet aspect de la campagne politique pour ne s’intéresser qu’aux « personnages », qu’aux querelles et mésalliances. En bref, les femmes et hommes politiques deviennent des « personnalités » soumises à la loi du « buzz » alors qu’elles/ils ne devraient être, chacun.e.s, que des porte-paroles d’une vision politique et sociétale partagée par une partie de la population et non pas des objets polémiques. La figure de notre représentant, comme celle d’autres candidats, a été très, voire trop, souvent grimée de manière péjorative ou insultante [3]. Toutefois, Jean-Luc Mélenchon est le premier à accepter ce fait et à se présenter continuellement aux premières lignes. Un plateau télévisé est pour lui « une arène ». Il est prêt à y affronter une avalanche de critiques, d’analyses et de défiance, afin de faire valoir les arguments de notre programme et de convaincre le plus possible nos concitoyen.ne.s

La question de la neutralité des médias est centrale dans une campagne politique, comme on a pu le constater tout le long des primaires puis des élections présidentielles américaines de 2016. D’autant plus que les deux camps, Républicains et Démocrates, ont tous deux émis de vives critiques à l’encontre des médias « mainstream » et « bien pensants » qui auraient, d’après les critiques, cherché à décrédibiliser l’adversaire. Le même problème se pose en France. Le Monde Diplomatique et Acrimed tiennent une infographie [4] régulièrement mise à jour qui montre les étroites relations entre les principales chaînes d’information et les plus grandes fortunes de France. Or, Jean-Luc Mélenchon et son combat contre la finance, contre la caste, contre l’accumulation absurde des richesses ne lui attire pas vraiment les faveurs des nantis.

Ce dimanche 19 février 2017 a eu lieu une émission spéciale « Chiffrage du programme » [5] sur la chaîne YouTube du candidat à laquelle des journalistes (BFM Business, Le Figaro, L’Humanité et Challenges) ont été convié.e.s. Le programme est disponible. Le programme est désormais chiffré. Le programme est applicable par une équipe expérimentée et déterminée. Il peut très bien être critiqué sur les choix politiques et économiques qui y sont faits.

Mais, malgré ces efforts de lisibilité et de transparence, trop d’aspects restent délibérément ignorés par de nombreux organes de presse et par conséquent, de leur audience. Il est consternant de voir que les temps d’antenne délivrés au compte-goutte [6] dans les journaux télévisés sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon s’arrêtent à son caractère. Il est révoltant que de grandes chaînes de télévision fassent le choix éditorial de présenter une information tronquée et orientée.

En attendant une révolution citoyenne dans les médias comme notre programme le propose [7], nous, simples sympathisants ou militants, ne pouvons que constater avec effarement le choix éditorial de certaines rédactions. Mais en soi, ce choix est vôtre et légitime. Reste un point sur lequel nous ne transigerons pas, celui de la désinformation.

Prenons un exemple récent. Le soir même de son émission sur le chiffrage de son programme, un des titres du journal télévisé de France 2 était « B. Hamon / J-L. Mélenchon, Une union impossible ? » [8] et déjà le mot « divorce » était prononcé. Qu’en est-il du reportage ? Systématiquement, les paroles de Jean-Luc Mélenchon sont rapportées : « Il déclare : […] », alors que l’on peut écouter Benoît Hamon (candidat du Parti Socialiste) par deux fois, ce qui implique nécessairement une interprétation des paroles de notre candidat via le filtre des médias. Le choix des mots n’est pas neutre, on ne met pas en avant les longues minutes et le texte du candidat de la France insoumise sur le sujet, mais une expression, un mot, choc, « corbillard ». Le journal télévisé ne s’arrête pas uniquement à une sélection orientée et à un temps de parole inégal, les mots qu’il emploie portent énormément de sens. Nous avons parlé de « divorce » précédemment, voici maintenant que Jean-Luc Mélenchon « attaque ». Encore une fois, comme c’est de coutume, notre candidat est repeint en diviseur avec tout le champ lexical associé.

France 2 nous propose alors un extrait du texte que Jean-Luc Mélenchon a publié sur la plateforme de réseau social Facebook [9] au sujet des positions de Benoît Hamon sur le CETA [10]. Mais sans même nous laisser le temps de lire, la rédaction nous ajoute, en gros plan, oppressant le texte en dessous, un zoom qu’elle jugeait « pertinent » et insiste bien sûr sur un nouveau terme, « simagrées ». Il est nécessaire que les journalistes comprennent que leurs auditeurs et lecteurs sont à même de lire un document et de le comprendre. Ce manque de neutralité, cette manipulation évidente de l’attention est offensant.

La rédaction du 20 heures de France 2 ne s’arrête malheureusement pas là. Nous insistions plus haut sur la solidité et le caractère complet et cohérent du programme de la France insoumise, au moment où toutes et tous les candidat.e.s ne peuvent pas en dire autant, mais elle juge nécessaire d’annoncer que son chiffrage doit « normalement » se faire. Il a eu lieu, cinq heures de direct, en public, sous l’oeil exigeant d’économistes et de journalistes. La pause dans la narration pour mettre en avant le mot ainsi que la mise sous silence de ces long mois d’efforts collectifs pour arriver à cette émission, à ce programme et son chiffrage, sont extrêmement condescendants. Et cet événement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, très important et unique comme vous l’avez indiqué, est présenté de manière bien pâle, six secondes, tandis que Benoît Hamon recevra, pour sa deuxième intervention dans ce reportage, un temps incomparable de dix neuf secondes pour parler de sa candidature qui « rassembl[erait] les grandes cultures de la gauche ». Et ce, malgré le fait qu’aucune actualité comparable à un chiffrage de programme n’était à son agenda. Le reportage se termine sur la possible alliance entre Yannick Jadot (Europe Écologie Les Verts) et Benoît Hamon qui, si l’on regarde la dynamique et l’agencement discutable des vignettes du montage vidéo, écraserait Jean-Luc Mélenchon.

Le reportage devient un outil d’instrumentalisation idéologique : temps de parole, montage valorisant et dévalorisant, choix des mots, etc. Ce qui devrait permettre l’objectivation d’une matière politique afin d’en décrypter le sens, devient un appareil de propagande.

Message à l’attention de la rédaction du Journal Télévisé de France 2 et des autres salles de rédaction de ce pays car il semble nécessaire de vous rappeler les faits. Le corps journalistique demande depuis plusieurs semaines à Jean-Luc Mélenchon s’il souhaite discuter avec Benoît Hamon pour faire candidature commune suite à la primaire du PS. Il a joué le jeu, a répondu à ces questions récurrentes en prenant sur le temps de parole, déjà restreint, alloué à son programme. Jean-Luc Mélenchon affirmait une seule chose : il attendait que Benoît Hamon le contacte, comme ce dernier l’avait annoncé le soir de sa victoire aux primaires [11]. Trois semaines ont passé sans qu’aucun effort n’ait été fait du côté du candidat PS et Jean-Luc Mélenchon a finalement décidé de faire le premier pas. Lors de sa réunion publique à Strasbourg [12] le 15 février 2017, il propose un rendez-vous et avance des dates possibles. Le 17 février 2017 sur BFM TV, il précise qu’il y a eu l’envoi d’une lettre consignant les principaux points qu’il souhaitait aborder. Et finalement, nous apprenons par les médias généralistes que les négociations auraient été rompues par Jean-Luc Mélenchon.

Nous vous prions de nous dire, à quel moment ? On l’enferme dans le rôle de celui avec qui il est impossible de discuter, mais les faits démontrent qu’il est le seul à avoir engagé le dialogue et qu’il ne l’a en aucun cas rompu.

Certes, cette rencontre ne s’annonçait pas comme un long fleuve tranquille, mais elle aurait bien pu avoir lieu. Benoît Hamon et l’appareil du PS sont au regard des faits seuls et uniques responsables de cette union « impossible », impossibilité uniquement mise en scène par la caste médiatique. Ce reportage du dimanche 19 février n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, d’une information qui reste superficielle, s’arrêtant aux « personnages » politiques, mettant en scène leur supposée discorde et qui ne s’approche jamais assez de ce qui compte : le programme.

Travail collaboratif du Discord des insoumis (discord.insoumis.online), comme la multitude de projets sur lesquels nous travaillons pour la campagne sur Internet de la France Insoumise.

Jean-Luc Mélenchon et l’équipe de campagne de la France Insoumise ne sont pas responsables des initiatives du Discord des insoumis et n’ont pas participé à l’écriture de cette tribune.

EDIT (22/02/17) : Pour aller plus loin : http://melenchon.fr/2017/02/22/chronique-dun-rendez-vous-manque/

[1] Disponible en librairie au prix de 3 € seulement et maintenant accessible en accès libre à https://laec.fr
[2] Accessibles à l’adresse suivante : https://avenirencommun.fr/livrets-thematiques/
[3] Bien documenté sur le site Internet http://opiam.fr
[4] Voir http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/ppa
[5] Accessible sur YouTube à l’adresse suivante : https://youtu.be/T7b67QCjibc
[6] Seulement 3,1 % de temps d’antenne sur la période du 1er au 12 février 2017 sur les chaînes généralistes. Source : CSA Février 2017
[7] Voir https://laec.fr/s8
[8] France 2 : JT de 20h du dimanche 19 février 2017
[9] Voir https://www.facebook.com/JLMelenchon/posts/10155090160663750
[10] Accord économique et commercial global (AEGC) ou Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA), accord de libre échange entre l’Union Européenne et le Canada
[11] Voir à 5 min 18 sec : https://www.facebook.com/hamonbenoit/videos/10154984248347264/
[12] Consultable à l’adresse suivante : https://youtu.be/_9Grnn1f24k?